Le dégriffage


Cette chirurgie, pourtant interdite dans plus de 39 pays à travers le monde, est quelque peu banalisée ici. C’est avant tout une question de culture et d’éducation. Dans les années 1960,  conduire avec une bière entre les jambes, sans ceinture de sécurité et un peu « réchauffé » n’avait rien de bien grave. Toutefois, cela est impensable de nos jours. Les mentalités ont changé dès que l’on a informé les gens sur les conséquences et les possibilités. La dernière chose à faire est de culpabiliser les gens ou de diaboliser le dégriffage. J’ai moi-même déjà fait dégriffer une de mes chattes car, comme tout le monde, je croyais que c’était sans grandes conséquences pour elle. Mais surtout, je ne connaissais pas les autres options qui font qu’aujourd’hui je suis assis sur mon divan de cuir en parfait état à flatter mes chats qui ont tous leurs griffes.

Il faut comprendre que les deux raisons les plus souvent évoquées pour justifier le dégriffage ne tiennent pas la route. Que ce soit de vouloir protéger les meubles ou de prévenir les blessures, particulièrement chez les enfants ou chez d’autres animaux, le dégriffage est inutile, car il existe d’autres options. Cette chirurgie n’est même pas envisagée par les vétérinaires européens et les gens de ces pays ne pensent même pas à faire dégriffer leurs chats. « C’est impensable, et même perçu comme barbare. Pourtant, nous possédons aussi des divans en cuir et nous avons autant d’enfants que vous », me dit, avec un sourire, Anne-Lise, ma collègue intervenante en comportement animal de l’AZCA et technicienne en santé animale qui a longtemps habité en Europe.

Le dégriffage est une amputation 

Il faut savoir que cette chirurgie, que l’on appelle souvent une onyxectomie, est en fait une phalangectomie. Comme son nom l’indique, c’est une amputation, de la troisième phalange de chaque doigt du chat. Même si on ne peut comparer deux espèces animales différentes dans leur physionomie, on pourrait dire que c’est l’équivalent de se faire amputer le bout de nos doigts, à l’articulation située au-dessus des ongles. Et peu importe l’instrument chirurgical utilisé (Resco, bistouri ou laser), le résultat et les conséquences sont les mêmes.

Attention, on ne peut pas parler de la douleur ici. Certes, nous savons qu’il y a de la douleur, mais on ne peut pas évaluer le degré de douleur ressentie par le chat. Ils ne parlent pas et nous ne pouvons pas aller voir dans leur tête. Il faut donc être prudent avant de faire de telles comparaisons.

Mais, rappelez-vous : le but ici n’est pas de faire réagir les gens en proposant l’image choquante de la patte amputée d’un chat. Le but est d’abord et avant tout d’expliquer qu’il existe d’autres options que cette chirurgie pour les problématiques évoquées précédemment.

Mes chats et la destruction de nos biens

Certains diront qu’ils ont pourtant acheté un griffoir, mais que le chat ne s’en sert pas et qu’il préfère le divan. « C’est souvent parce que le griffoir ne correspond pas aux caractéristiques recherchées par le chat ou, souvent, qu’il n’est pas placé au bon endroit » (voir l’encadré à la fin), nous dit ma bonne amie et mentor, la Dre Enid Stiles, l’une des rares vétérinaires québécoises possédant une maîtrise en comportement animal au Québec.

Mais même avec un griffoir, certains diront que les chats abîment parfois les divans en cuir de façon non intentionnelle avec leurs pattes arrière lorsqu’ils s’amusent, et ils ont raison. Comme nous le disons fréquemment, il suffit de déposer un jeté (une couverture) sur les coussins ou les accoudoirs du divan en cuir et le tour est joué. Un tel compromis vient avec les responsabilités d’avoir adopté un chat.

LES SOLUTIONS

Qu’est-ce qu’un bon griffoir?

EMPLACEMENT : Le chat fait ses griffes, entre autres, pour marquer son territoire. C’est un peu comme s’il plantait une pancarte « terrain privé » dans son territoire et il veut planter celle-ci à un endroit visible, comme l’entrée d’un territoire. Le coin du divan étant souvent placé à cet endroit, il devient alors la cible des griffades d’un chat. Mais que ce soit le cadre de porte ou tout autre emplacement, il faut simplement mettre le griffoir à l’endroit où le chat veut faire ses griffes et non là où nous aimerions qu’il les fasse.
STABILITÉ : Le poteau doit être aussi stable qu’un arbre. Malheureusement, la majorité de ceux offerts en magasin ne sont pas solides et tombent aussitôt qu’un chat y pose une patte. Si votre griffoir est déjà acheté, mais est inadéquat, soulevez le coin du divan et stabilisez-le en glissant sa base sous la patte du meuble. Ainsi, votre poteau sera non seulement stable, mais également positionné au bon endroit, soit sur le coin du divan.
HAUTEUR : Le poteau doit être assez haut pour que le chat puisse s’allonger de tout son long pour étirer sa colonne vertébrale. Notez que beaucoup de chats aiment également avoir un support horizontal comme un tapis ou une bûche de bois. La stabilité est toujours de mise.
MATÉRIEL : Le poteau doit être recouvert d’un matériel présentant une texture que le chat aime. Chaque félin a ses préférences : tapis, cordage, carton et bois sont tous d’excellents matériaux. Faites-lui découvrir les joies d’y planter ses griffes en jouant avec un jouet sur le griffoir ou en y mettant un peu d’herbe à chat.
SI VOTRE CHAT A DÉJÀ ENDOMMAGÉ UN ENDROIT
Rendez cet endroit désagréable en installant une toile de plastique, du papier d’aluminium ou du ruban double-face sur le coin ou à la base du divan; ces textures sont rarement appréciées des félins. Mais il est très important de donner une autre option au chat. Placez donc un griffoir sur le coin du divan. Une fois qu’il aura pris l’habitude d’y faire ses griffes, vous pourrez retirer la toile de plastique ou le papier d’aluminium. Notez que si un chat a déjà endommagé une structure de bois ou un tissu avec ses griffades, la simple vue des stries verticales faites par ses griffes le portera à continuer à y faire ses griffes. Mieux vaut alors réparer la surface et faire disparaître ces stries.
Daniel Filion d’Educhateur

Consultez le site d’Éduchateur pour le texte complet.